L'étonnante histoire des MFR

Portes ouvertes à la MFR samedi 27 janvier 2018 de 9h00 à 17h00

L'étonnante histoire des MFR

 

L’histoire du mouvement des Maisons familiales rurales

 

Les origines du mouvement (source : UNMFREO/Paris/08/11/2011)

Le mouvement des Maisons familiales rurales (MFR) est issu d’un courant de pensée qui, au début du siècle dernier, a profondément imprégné le monde rural. A l’origine, on trouve aussi bien les idées de démocratie sociale d’inspiration chrétienne du Sillon de Marc Sangnier1 que celles des militants du Secrétariat central d’initiative rurale (SCIR) dont l’ambition était d’organiser le monde agricole.

La première Maison familiale rurale a été créée en 1937 à Lauzun (Lot et Garonne) à l’initiative de syndicalistes paysans, parents d’adolescents qui ne trouvaient pas dans le système scolaire existant de réponse adaptée à leurs besoins, d’une section locale du SCIR et d’un curé de campagne, l’abbé Granereau. Partant du constat que l’enseignement traditionnel ne formait pas d’agriculteurs mais poussait plutôt les jeunes ruraux soit à abandonner trop tôt leurs études, soit, pour les plus doués d’entre eux, à partir vers la ville, ces pionniers du mouvement adoptèrent, dès le départ, les trois grands principes de base qui ont fait le succès des Maisons familiales rurales et qui président encore aujourd’hui à leur développement :

  • Permettre aux familles d’exercer pleinement leurs responsabilités éducatives,
  • Contribuer à l’évolution du milieu rural et du territoire,
  • Préparer les jeunes à s’insérer et à être acteurs dans la société.

Concrètement, ces principes ont été mis en œuvre grâce aux modalités suivantes :

  • L’association des parents à l’enseignement,
  • Le système pédagogique de l’alternance,
  • L’organisation de la vie des élèves en petits groupes et en internat.

Des formateurs furent recrutés et une première formation fut préparée. Deux ans après, était créée la première Maison familiale rurale pour les filles. Le mouvement continua à se développer durant toute cette période et se structura dès 1942 par la création de l’Union nationale des Maisons familiales rurales. Fin 1944, le nombre d’associations s’élevait à 65. A la Libération, les Maisons familiales rurales ont bénéficié d’une reconnaissance et d’une subvention du ministère de l’Agriculture.

Les MFR affirment leur identité et développent une pédagogie originale

Les Maisons familiales rurales ont eu le souci constant de conserver leur autonomie en prenant appui sur la responsabilité et l'implication des familles. En 1941, l'interdiction de la pluralité syndicale conduisit les MFR, afin de conforter leur indépendance, à quitter le statut syndical pour adopter comme base juridique l'association loi 1901.

En 1945, lors de l'Assemblée Générale de l'Union nationale, le problème fondamental des relations avec l'Etat et avec l'Eglise fut clairement posé. Il fut solennellement acté que le mouvement pouvait être soutenu par l'Etat et inspiré par la religion mais qu'en aucun cas, il ne devait être absorbé par l'un ou par l'autre. Il fut réaffirmé que c'était la famille qui, en dernière analyse, constituait le socle du mouvement.

 

A partir de 1946, les responsables du mouvement qui s'étaient surtout préoccupés jusque-là du développement de la formule s'attachèrent à formaliser la pédagogie de l'alternance. Largement inspirées des pédagogies nouvelles et centrées essentiellement sur le vécu du jeune et de sa famille, les réalisations des MFR permirent de promouvoir une pédagogie audacieuse et novatrice par rapport aux méthodes jusque-là utilisées dans les écoles d'agriculture. Progressivement, sous la conduite d'André Duffaure2, une méthode et un programme furent mis au point. Dès 1955, des fiches pédagogiques furent élaborées et mises à disposition des Maisons familiales. Parallèlement, la formation des moniteurs se structurait et se développait.

La création des Maisons familiales de métiers

Les résultats positifs obtenus par les Maisons familiales rurales dans les formations agricoles conduisirent à appliquer les mêmes principes aux métiers artisanaux puis, plus généralement, dans les métiers non agricoles du milieu rural. Dès 1970, une quinzaine de MFR avaient ouvert une section "Métiers". Toutefois, leur développement souleva des difficultés juridiques et financières en raison de la position du ministère de l'Education fermé, à l’époque, aux idées de formation par alternance. La loi du 16 juillet 1971, celle du 10 juillet 1987, et celle du 20 décembre 1993 permirent aux MFR de développer les formations à d'autres métiers que l'agriculture dans le cadre de l’apprentissage. Aujourd'hui, quasiment 200 Maisons familiales ont des formations relevant de l'apprentissage. Ces dernières années, la progression des effectifs sous ce statut est d'environ 5 % par an.

Les grandes étapes législatives

Les textes législatifs ou réglementaires qui ont encadré historiquement le développement du mouvement des MFR sont principalement :

  •  La Loi de 1929 sur l’apprentissage.
  •  Différents textes inclus dans les lois de finance successives entre 1953 et 1959, qui ont défini progressivement le cadre financier et le régime juridique des MFR, en marge de l’enseignement agricole public. 
  • L’Ordonnance du 6 janvier 1959 sur la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans qui eut des conséquences fondamentales sur les MFR. En effet, celles-ci intervenaient en post-scolarité tant que l'obligation scolaire s'arrêtait à 12 ou à 14 ans. Désormais, l'action des MFR devait s'inscrire dans le cadre de la scolarité obligatoire. Une loi d'ensemble sur l'enseignement agricole public et privé devenait nécessaire.
  •  La Loi du 2 août 1960 sur l’enseignement agricole qui, pour la première fois, introduit deux notions fondamentales pour les MFR : la formation professionnelle associée à la formation générale et la possibilité de pratiquer l'enseignement par alternance.

 La Loi Rocard du 31 décembre 1984 créant deux types de statuts d’enseignement privé :

  • Les établissements dont les formations sont dispensées dans des conditions identiques à celles de l’enseignement public (l'enseignement catholique),
  • Les associations ou organismes offrant des formations à temps plein en conjuguant selon un rythme approprié les enseignements théoriques et pratiques dispensés, d'une part, dans l'établissement lui-même et, d’autre part, dans le milieu agricole et rural. C'est dans ce cadre que fonctionnent les MFR.

 

1. Marc Sangnier, 1873-1950. Fondateur en 1912 de la ligue politique « La jeune république ». Elu député de 1919 à 1924. Contribue au développement des auberges de jeunesse. Engage en 1932 une campagne pour la paix. Elu député en 1946 et président d’honneur du M.R.P.

2. André Duffaure, 1924-1997. Ingénieur agronome, directeur pédagogique de l’Union nationale des Maisons familiales rurales de 1947 à 1957 puis directeur de 1957 à 1989. En 1956, il reçoit le Prix national de pédagogie pour ses travaux sur l’alternance. Membre du Conseil économique et social de 1984 à 1994.

 Létonnante histoire des mfrNové Josserand

 

Voilà un ouvrage passionnant qui éclaire l’histoire de ces 430 maisons familiales rurales (MFR) qui scolarisent 51 000 élèves, sur les 12 millions que compte notre système scolaire. Inspirée du mouvement du Sillon initié par Marc Sangnier au début du XXesiècle et encouragée par le secrétariat central d’initiative rurale, la première tentative de création d’une formation gérée par des familles est le fait de trois couples d’agriculteurs et de leurs quatre garçons.

 

Une telle expérimentation va prendre une ampleur insoupçonnée, puisque la première maison, créée le 17 novembre 1937, se duplique en 67 exemplaires en 1945, 300 en 1960 et près de 500 en 1975. Le mouvement essaimera à travers trois continents et vingt-deux pays. Ce qui fait le succès d’une telle formule ? D’abord, une gestion par les parents ; ensuite, une alternance entre le monde du travail et dix semaines de regroupement éparpillées sur l’année scolaire ; une formation qui allie les connaissances scolaires à l’éducation à la vie et à la citoyenneté (les moments de repas, de loisirs, d’entretien de la maison sont partie intégrante de l’éducation apportée) ; enfin, une pédagogie adaptée à toutes les formes d’intelligence ne privilégiant pas la seule aptitude à l’abstraction.

 

Les MFR ont toujours été soucieuses de leur indépendance tant à l’égard de l’Église catholique (l’assemblée générale de 1945 supprimera le poste d’aumônier national), que d’un État qui, pour rester garant des programmes enseignés, n’a rien à faire dans la gestion des établissements. Le statut de loi 1901 et d’association familiale a été choisi en 1942 pour éviter la menace d’affiliation corporative imposée par la législation de Vichy. Les tenants de l’école unique et laïque pourront grincer des dents, mais les MFR proposent, depuis plus de 70 ans, une chance pour des milliers d’élèves rejetés par le système scolaire.

 

(http://www.lien-social.com/L-etonnante-histoire-des-maisons-familiales-rurales)

 

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